Paysages 2025

Cette série de peinture prend pour point de départ un territoire restreint : la commune de Saint‑Jean‑de‑Vaux, où chaque image a été prélevée. Les peintures ne cherchent pas à représenter un paysage, mais à documenter un lieu — un lieu réel, situé, soumis à des transformations climatiques répétées.

 

Les épisodes violents qui ont touché la vallée ces dernières années — pluies intenses, vents soudains, sols saturés, débordements de ruisseaux — ont laissé des traces visibles dans le paysage.

Ce sont ces conséquences que la série observe : stagnations d’eau, ravinement des chemins, arbres affaiblis, zones submergées, lumières lourdes après la pluie.

La peinture intervient non pas comme un récit de la tempête, mais comme une lecture de l’après‑coup, un relevé de ce que le climat dépose dans le réel.

 

Sur chaque toile, les coordonnées GPS du lieu exact apparaissent en premier plan.

Elles instaurent une distance volontaire : une couche de données qui s’interpose entre le regard et le motif.

Ce protocole transforme la peinture en trace, en indice, en fragment mesuré du territoire.

Le paysage n’est plus un espace d’immersion immédiate : il devient un site, un point du monde soumis à l’observation.

 

Cette série explore ainsi la tension entre le sensible et le mesurable, entre l’expérience du lieu et sa désignation chiffrée.

Elle interroge la manière dont un territoire familier — celui où nous vivons — porte les marques d’un climat devenu instable.

Les toiles fonctionnent comme des seuils : entre mémoire et effacement, entre proximité et distance, entre ce qui demeure et ce qui bascule.

 

Patrice Mortier

Bord de l'orbize 12, 2025, huile sur toile, Dyptique 260 cm x 195 cm
Bord de l'orbize 12, 2025, huile sur toile, Dyptique 260 cm x 195 cm